Un cadeau poétique pour l’été
Des années d’errance de Maurice à Saint-Germain-des-Prés, au début des années cinquante du siècle précédent, il reste le récit qu’il nous en livre avec force détails dans son livre intitulé Une enfance laïque et républicaine. (1)
Demeurent aussi, conservées désormais dans le fonds d’archives qui lui est consacré à la Contemporaine, quelques traces poétiques réalisées sur des coins de table de bistrots du quartier Saint-Germain, seul ou collectivement, comme c‘est le cas de ces Tentatives pour un épuisement de la rime en hic conçues et rédigées le 25 mars 1952.
Un rafraichissement poétique à la frontière du surréalisme, du lettrisme et précurseur de l’Oulipo par sa contrainte rimée.
Copyright : La Contemporaine – Fonds Maurice Rajsfus
- Maurice Rajsfus – Une enfance laïque et républicaine. Nouvelle édition, Le Détour, 2022 – Préface de Gérard Delteil.
Crime d’Etat du 14 juillet 1953, à Paris

Dénoncer le crime d’Etat et ne cesser d’en obtenir sa reconnaissance
En 2003, en prévision des 50 ans de ce massacre colonial en plein Paris, Maurice Rajsfus avait réalisé une enquête – la première – sur la tuerie de la place de la Nation, le 14 juillet 1953, qui avait laissé sur le pavéparisien 7 morts : six Algériens membres du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) et 1 militant CGT de la métallurgie parisienne, visés par des tirs directs de la police parisienne sur un cortège pacifique. Des centaines de blessés par balles ou à coups de bidules furent également recensés.
Intitulé 1953, un 14 juillet sanglant (2), ce livre revenait sur cette période en relevant les conditions épouvantables d’existence des dizaines de milliers de travailleurs que l’on avait venir d’Algérie, après la guerre, pour reconstruire le pays et la répression féroce, souvent meurtrière, qui accompagnait leurs manifestations, dans tout le pays, que ce soit pour leurs conditions de vie, comme pour la revendication d’une Algérie indépendante.
A travers une revue de la presse, au lendemain de ce massacre, et un retour sur les débats suscités par cet événement répressif sanglant, au Palais-Bourbon, Maurice Rajsfus va montrer comment le pouvoir en place va s’acharner à en faire disparaître les traces et à réfuter toute responsabilité. Même du côté des forces de gauche, les réactions immédiates de solidarité avec les victimes ne passeront pas l’été.
Le portait de Messali Hadj ainsi que les drapeaux algériens brandis par les militants du MTLD, que les policiers énervés avaient tenté de faire disparaître et provoqué les premières réactions qui allaient aboutir au massacre ne seront pas évoqués, à gauche, où toutes les formations représentées au Parlement –essentiellement la SFIO et le PCF – excluaient de fait un quelconque projet d’indépendance de l’Algérie.
L’ouvrage rappelle également, le rôle joué par le préfet de police Baylot, dans toute cette sinistre affaire, celui qui l’année précédente avait fait réintégrer – avec rattrapage de soldes et d’avancement – près de 3.000 policiers radiés à la Libération pour des faits de collaboration allant bien au-delà des ordres et des consignes donnés par la hiérarchie policière.
Dans ce crime d’Etat pointe un personnage qui donnera toute sa mesure par la suite, Maurice Papon, secrétaire général de la Préfecture de Police au moment des faits. Huit ans avant le 17 octobre 1961, celui qui sera condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’Humanité, est déjà aux premières loges, avant de partir pour l’Algérie et y parfaire ses talents de tortionnaire.

- Maurice Rajsfus – 1953, un 14 juillet sanglant – Nouvelle édition, le Détour, 2021.
Préface de Ludivine Bantigny – Postface de Jean-Luc Einaudi.
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